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Marvel's Spider-Man – Appelé à régner ?

Des pavés dans la mer…

23 octobre 2018

Ce n'est pas parce que l'on est très friand des exclusivités PlayStation d'une manière générale que l'on doit accueillir la moindre d'entre elles avec un enthousiasme béat, sans réserve ni objectivité. En l'occurrence, Marvel's Spider-Man (que j'amputerai du "Marvel" dans le reste de cet article) ne pouvait que m'inciter à un certain recul, n'ayant jamais été très client des univers de super-héros, en-dehors d'un certain chevalier noir et, à la rigueur justement, de l'homme-araignée. En s'associant à un développeur dont j'appréciais les créations exclusives aux anciennes consoles PlayStation – Insomniac, via Spyro the Dragon et surtout Ratchet & Clank – Sony mettait cependant toutes les chances de son côté pour proposer un jeu d'action-aventure en monde ouvert urbain supposé transcender une catégorie de jeux vidéo que seuls les Batman Arkham ont su sublimer sur cette dernière décennie. Évidemment très cinématique et spectaculaire, promettant une exploration de New York City plus immersive que jamais, le nouveau Spider-Man inquiétait surtout sur sa propension à offrir un gameplay pas trop dirigiste et assisté, les trailers montrant bon nombre de QTE en tous genres. Il n'y a que manette en mains que l'on pouvait vérifier ce qu'il en était vraiment…


 

Note sur les conditions de jeu :

 

Après une première incursion day one dans Manhattan sur ma PlayStation 4 "fat" dont ce fut le dernier service rendu, j'ai complété le premier quart des nouvelles aventures de l'homme araignée sur une PS4 Slim mais surtout, expérimenté le reste de l'aventure sur ma toute nouvelle PS4 Pro (et l'édition "500 Million", tant qu'à faire !), via une version dématérialisée fournie par Sony. À l'occasion de cette grande première sur ce site, le comparatif sera un minimum de rigueur lorsque l'aspect technique sera évoqué. J'en profite pour remercier la division française de PlayStation pour la mise à disposition de cette version dans l'optique de ma critique. Enfin, comme toujours, l'intégralité des captures d'écran a été réalisée par mes soins.

 

 

 

 

Une araignée dans le plafond

 

 

Si la présence du célèbre personnage créé par Stan Lee sur consoles de jeux n'a absolument rien de nouveau – on dénombre une vingtaine de jeux portant le nom de l'homme-araignée dans leur titre depuis les années 1980 – ce n'est que la seconde fois depuis la fin des années 1990 que l'on passe quatre longues années sans aucun jeu vidéo à son effigie, et également la seconde où il se voit porté exclusivement sur un support Sony, depuis Spider-Man 2 : La revanche d'Electro publié en 2001 sur la première PlayStation. Malgré l'avènement du jeu vidéo HD et de ses cutscenes toujours plus proches du cinéma, et d'une PlayStation 3 arborant carrément la police de la trilogie de Sam Raimi (produite par Sony Pictures), et d'un Spider-Man 3 résolument pensé pour le support blu-ray qui avait encore tout à prouver, le géant de l'audiovisuel n'avait pas saisi l'occasion de mettre en avant une de ses licences les plus porteuses sous la forme d'une exclusivité PS3 qui aurait pourtant eu du sens. Après une pléthore de productions de plus ou moins bonne facture, et tout autant de développeurs (Treyarch, Vicarious Visions, Next Level Games ou même Gameloft), et quasi systématiquement sous la direction d'Activision, éditeur en son temps d'un Prototype vaguement comparable, l'araignée allait enfin tisser sa toile sur un seul et unique support, et ce en compagnie d'un nouveau studio, Insomniac Games. Très compétent lorsqu'il s'agit de mettre en scène un univers SF cartoon blindé de gadgets en tous genres (Ratchet & Clank), de se conformer aux exigences first-party et plus adultes de Sony Computer Entertainement (la trilogie Resistance sur PS3), cette équipe de développement ayant quasiment toujours travaillé uniquement pour Sony s'était également illustrée dans la conception d'un monde ouvert survitaminé lors de sa première infidélité, avec l'énergique Sunset Overdrive sur Xbox One. Lors de son annonce à l'E3 2016, celui que l'on appelait "le Spider-Man d'Insomniac" avait marqué les esprits, tout en incitant à une certaine prudence tant il semblait trop beau et trop vaste pour ne pas être très limité dans sa jouabilité. On ne se posait en fait même pas la question de savoir si la PlayStation 4 le ferait tourner correctement – bien que l'on soupçonne le titre de tourner bien mieux sur la future "PS4 Neo" à la dénomination définitive et la date de sortie pas encore annoncées.

 

 

Toute la réserve accompagnant chaque bande-annonce de Spider-Man, présenté à trois E3 successifs, se basait en effet sur les nombreux quick time events (QTE) visibles durant une action au rythme effréné mais se ralentissant régulièrement le temps que le joueur presse la bonne touche permettant de poursuivre ce qui ressemblait de plus en plus à une cinématique géante. Sony étant particulièrement coutumier de cet exercice, popularisé d'abord par les God of War puis les Uncharted, et évidemment par la "trilogie Quantic Dream", favorisant une sensation d'immersion du joueur dans une atmosphère extrêmement cinématique mais un tantinet dirigiste, la prudence était réellement de mise – et ce même si un open world unique en son genre nous était promis derrière. Vous l'aurez compris, me concernant en tout cas, je ne cédais pas aisément à la hype entourant la dernière exclusivité majeure de Sony en 2018, parce que d'abord sceptique sur sa profondeur de gameplay mais aussi, parce que tout simplement très peu fan de tout ce qui touche à l'univers des comics et des super-héros – les aventures de "Spidey" faisant cependant office de petite exception dans leur domaine, mais bien loin de celles d'un Batman par exemple. Je confesse n'avoir vu, par exemple, que la trilogie de Sam Raimi. J'en profite donc pour préciser donc que cette critique sera principalement rédigée via le regard d'un joueur curieux de voir comment une licence aussi célèbre a pu justifier une exclusivité aussi mise en avant par Sony (on peut honnêtement parler de campagne marketing de l'année), davantage orientée jeu vidéo que respect profond de la "marque" Spider-Man. N'y voyez cependant pas l'annonce prématurée d'une review au rabais ; je vais bien entendu m'efforcer d'analyser ce Spider-Man avec le plus de justesse et d'impartialité possible, comme de coutume ! Bref, vous l'aurez compris, l'exclusivité PlayStation de la rentrée ne pouvait me surprendre que dans le bon sens… à condition quand même de ne pas partir dans tous les sens comme son héros en est capable.

 

 

 

 

New York, New Yooooooork

 

 

La première promesse que Spider-Man tient avec une insolente aisance est celle de son monde ouvert. Passée une introduction évidemment spectaculaire, qui vous familiarisera avec le contexte spécifique où se situe cette aventure dans la vie trépidante de notre super-héros tout de bleu et rouge vêtu, le jeu nous laisse d'emblée explorer Manthattan dans son intégralité et ce sans aucune limite, du quartier de Sugarhill (au nord de Harlem) jusqu'aux quais du ferry se rendant à Staten Island. C'est l'occasion de s'habituer aux super-pouvoirs du héros au niveau de ses déplacements et de mettre son agilité hors du commun à l'épreuve, sans aucun autre objectif que d'explorer une map aux proportions impressionnantes et d'une quasi authenticité jamais vue dans l'histoire des jeux vidéo situés à New York City. Non seulement le Manhattan fictif de Grand Theft Auto IV est explosé dans les grandes largeurs (ça, c'était prévisible), mais même celui bien plus crédible de Tom Clancy's The Division, pourtant de haute volée, peut être oublié. Et pour cause : "Spidey" explore bien évidemment la ville qui ne dort jamais avec une verticalité absolument vertigineuse jamais expérimentée dans un jeu vidéo en monde ouvert de la sorte. On pouvait de fait légitimement craindre que l'accent soit mis sur les panoramas aériens et que l'opération séduction passe en priorité par une distance d'affichage impressionnante de plusieurs kilomètres, et la beauté des panoramas vus depuis le haut des innombrables gratte-ciel de "Big Apple" ; cependant, Insomniac avait clairement plus d'un tour dans son sac, et force est de constater que la modélisation "au sol" de Manhattan s'avère elle aussi magnifique et incroyablement vivante. Certes, on ne devrait pas tant s'en étonner que ça de la part d'un triple A édité par Sony, mais on pouvait quand même s'attendre à ce que l'essentiel de l'action se déroule dans les hauteurs de la mégapole et que la prouesse technique se situe surtout dans les sphères où notre héros se balance à toute vitesse.

 

 

Grâce à sa reconstitution impressionnante de Manhattan, Spider-Man offrira quelques heures de jeu supplémentaires totalement gratuites à quiconque souhaitera arpenter les rues (et les airs) de New York, et ce que vous ayez déjà visité la ville ou non. En-dehors de Central Park qui m'a semblé quelque peu en-dessous du reste en terme d'authenticité (surtout au niveau du Reservoir et de l'aspect un peu sauvage du parc, peu palpable ici), les codes permettant d'identifier chaque quartier sont bien présents et témoignent d'un souci du détail bien réel, chaque rue, même minuscule, se distinguant d'une autre et permettant d'admirer le travail incroyable fourni par les artistes d'Insomniac. Sans aller jusqu'à prétendre qu'il s'agit du plus beau jeu sur console (et ce même sur une PS4 "classique"), sa cohésion d'ensemble force le respect, tant chaque bout de rue ou de trottoir fourmille de micro détails (et de PNJ !) qui ne peinent jamais à s'afficher. Côté effets en général, le studio fait également merveille ; l'impression de vitesse une fois que "Spidey" tisse sa toile est grisante au possible, à tout moment de la journée. Et que dire côté effets de lumière, notamment au coucher du soleil, offrant cette étonnante teinte orangée au décor et accentuant encore un peu plus la qualité des reflets dans les façades brillantes des buildings de toutes formes. Déjà splendide en plein jour et par beau temps, pas en reste de nuit et/ou sous la pluie, c'est peut-être au crépuscule que Spider-Man est le plus beau, notamment en période automnale comme a choisi de l'inscrire Insomniac… un peu comme Manhattan, en fait. À ce niveau, on regrettera quand même que ce monde ouvert ne propose aucun cycle jour/nuit ou météorologique, limitant les changements aux différentes missions – principales comme secondaires – qui imposent l'heure et les conditions météo. On pourra certes les changer à volonté une fois le jeu fini, mais cela demeurera totalement fixe, et dénué de tout dynamisme. Une concession technique probablement évidente malheureusement, sans quoi il aurait sans doute été impossible de gérer un tel open world et de le rendre parfaitement fluide ; parce que oui, si d'éternels insatisfaits ont pointé du doigt le framerate de 30fps, imposé même sur PS4 Pro, ce dernier est tenu à la perfection, sublimant l'aspect cinématographique de la réalisation, et le dynamisme global des actions et des (innombrables) mouvements de notre héros s'en trouvent parfaitement traités. La palette d'animations de Spider-Man est proprement ahurissante, et généralement, on a affaire à un héros quasi parfaitement conçu sur tous les plans ; oui, l'heure est venue de s'approcher un petit peu plus du fond après avoir encensé une bonne partie de la forme.

 

 

 

 

Le Spider-Man d'Insomniac est-il un des plus chouettes personnages de jeu vidéo dans la peau de qui il ait été donné de se glisser ? Sans doute pas loin. En plus d'être magnifiquement modélisé et de faire appel au fan service avec une jolie collection de tenues bien garnie à débloquer au fil du jeu, notre héros plein d'humour (doublé en VF par un Donald Reignoux absolument excellent, au point de recommander exceptionnellement ce doublage pour une fois) bénéficie d'un soin d'écriture rare, peut-être un poil trop bavard mais toujours dans le ton. Insomniac veut que le Tisseur colle à son image de super-héros au grand cœur un peu maladroit et un brin potache, et tout est fait pour que l'on se sente dans sa peau et que l'on adhère au personnage, formidablement bien conçu sur tous les plans. Je vous épargnerai les innombrables détails allant dans ce sens, mais entre une bonne utilisation du lore au niveau des artefacts "du passé" à récupérer, l'écriture convaincante des personnages iconiques de la saga (Mary-Jane bien sûr, mais aussi Norman Osborne, tante May, Dr. Octavius, et plusieurs super-vilains célèbres) et de leurs relations avec "Spidey", ou encore des cutscenes sympathiques durant les voyages rapides (une bonne raison d'y avoir recours, en plus de leur brièveté à l'image des loadings du jeu, soit dit en passant !), c'est à un héros charismatique et plein de vie que le studio californien a donné naissance, lui offrant probablement ses meilleures réalisation et interprétation dans un jeu vidéo, après tant d'épisodes de qualité inégale. Tant est si bien que l'on s'y attache énormément et que l'on a peu envie de décrocher, une empathie à laquelle contribue le très bon rythme de l'aventure ; Spider-Man est d'ailleurs bien trop court, surtout en ligne droite, ce qui donne constamment envie de s'adonner aux nombreuses activités annexes qu'il propose, quitte à le faire de façon un peu trop caricaturale et inégale.

 

 

On s'en doute, New York a tout du terrain de jeu idéal pour un monde ouvert urbain, de par la verticalité affolante de ses constructions, la variété de ses quartiers, la présence d'un immense parc en son sein, ou encore la complexité des ramifications de son métro… qui hélas, est inutilisé ici, sauf le temps des fast travels (qui peuvent s'effectuer de n'importe où sur la carte, ou bien, c'est plus immersif, en pénétrant dans une station à même la rue) que l'on n'utilisera pas si souvent que cela. En cela, Insomniac a disséminé dans chaque quartier tout un tas de missions annexes et de collections spécifiques, rétribuant en jetons de différentes catégories qui permettront d'acheter des tenues, des gadgets, et les améliorer. Sachant que les quartiers voient l'affichage de leur carte respective se déverrouiller après une très brève énigme à résoudre en haut de bâtiments très élevés, on fait quand même face à un classicisme un peu triste dans la construction globale du titre, qui ne surprend jamais à ce niveau. Pire encore, même s'il y a pas mal de choses à faire, entre des monuments à prendre en photo, des sacs à dos à récupérer, des zones infectées à purifier, des repaires de malfrats à nettoyer, et plein de crimes un peu partout auxquels mettre fin, et que cela permet de briser une certaine routine, la vivacité générale de la création d'Insomniac et de son protagoniste, couplée à une insolente facilité (en tout cas en mode "incroyable", la difficulté normale donc), nous fait littéralement rouler sur un jeu dont la complétion à 100% requerra une petite trentaine d'heures, tout au plus. Il est cependant plus que probable que la rapidité de déplacement de Spider-Man ainsi que l'énergie bien réelle des combats raccourcisse quelque peu la durée de vie du titre en comparaison de ses semblables (par exemple, il fallait bien compter le double de temps pour venir à bout de Horizon Zero Dawn et de sa boulimie de contenus optionnels). Retenez donc une première conclusion avant de nous plonger dans l'analyse de sa jouabilité (entre autres) : Spider-Man est vraiment court, mais il est évident que son aspect souvent jouissif et terriblement accrocheur y soit un minimum pour quelque chose. L'essentiel reste que l'on s'amuse, et si le gameplay suit, le pari sera réussi dans l'ensemble…

 

 

 

 

Une belle bande d'entoilés

 

 

Comme tout jeu d'action-aventure à la troisième personne qui se respecte, Spider-Man alterne avec plus ou moins de réussite des phases d'exploration, de combat et même d'infiltration. En effet, même s'il n'arbore clairement pas le costume le plus passe-partout qui soit, "Spidey" dispose de cette capacité à se cacher au plafond et à surprendre ses ennemis depuis des poutres, voire depuis les murs, mais aussi à marcher vraiment à pas de loup. Si j'entame ce paragraphe par cette spécificité de gameplay, c'est un peu pour me débarrasser de la moins réussie de toutes : si enchaîner plusieurs attaques furtives (jusqu'à une certaine distance franchement irréelle) pour nettoyer toute une zone sans enclencher le moindre combat est à peu près convaincant, et surtout très classe, on n'en dira pas autant de ces séquences où l'on alterne d'autres personnages (notamment MJ, et non ce n'est pas un spoil, puisque Sony a clairement présenté cela comme un argument de vente !), qui sonnent un peu faux et cassent le rythme certes, mais pas de la bonne façon. Tout juste offrent-elles un lien scénaristique certes pas incohérent, mais tout à fait dispensable ; fort heureusement, ces instants se feront rares, et ne gâcheront pas le cœur même du gameplay : les phases de combat. Beaucoup moins scriptées qu'on le craignaient, ces dernières fonctionnent selon le bon vieux triptyque coups rapprochés / attaque à distance / esquive(s), et offrent un système de combos qui rappellera fatalement celui des Batman Arkham. Certes, des QTE apparaissent à l'écran, mais davantage pour indiquer que tel adversaire peut être achevé d'un coup car affaibli, ou que tel élément du décor peut être saisi avec la toile de Spider-Man pour ensuite le projeter sur un ennemi dans la direction donnée par le stick. En ajoutant à cela quelques pouvoirs et compétences acquis au fil de l'aventure, et les gadgets permettant d'entoiler ou d'électrifier (par exemple) vos adversaires, les affrontements très beat'em all se révèlent très vifs, spectaculaires et pas si assistés que ça. Une excellente série voisine comme celle des inFamous, là aussi exclusive PlayStation et petite référence en son genre, prend ici un joli coup de vieux. On ne craint plus d'affronter une horde d'ennemis mais au contraire, on appréhende positivement la possibilité de se battre en usant des moves extrêmement stylés de notre homme-araignée – même si forcément, on s'accomodera toujours peu de cette incapacité de leur part à attaquer à beaucoup simultanément, même à un contre douze…

 

 

Les phases de baston de Spider-Man, forcément, deviennent un peu redondantes, surtout que concrètement, il n'y a que quatre groupes d'ennemis bien distincts à affronter (que je ne décrirai pas histoire de préserver un peu de surprise), déclinés à leur tour en quelques sous-catégories. Mais c'est surtout au niveau des boss que se situe la déception (hormis le grand final, plus dur que tout le reste du jeu, archi spectaculaire et réellement marquant). Peu nombreux malgré un casting franchement alléchant et une réalisation, une fois de plus, de haute volée, on les attend un peu désespérément et si leur heure vient, les affrontements ne sont pas à la hauteur de nos espoirs, surtout au niveau d'une exécution somme toute très classique et sans surprise. On retient davantage le chemin que la finalité dans de nombreuses situations, mais aussi des cinématiques (très correctement doublées en VF donc) tantôt très spectaculaires et digne des canons de Marvel, tantôt plus posées, basées sur le dialogue et mettant en valeur un script plus que convenable, à la hauteur de l'écriture générale d'un jeu que l'on n'imaginait pas forcément briller par son scénario. Si "Spidey" y appose une légèreté quasi permanente, et qui fait constamment mouche, un peu comme les interventions radio de l'insupportable J. Jonah Jameson et de sa mauvaise foi caractéristique, c'est aussi pour atténuer la noirceur inattendue de plusieurs événements et séquences très bien maîtrisées : il y a une certaine maturité dans le propos par moments, jusqu'à une réflexion sous-jacente sur les actions de Spider-Man… voire de Peter Parker. Comme le dit la célèbre formule, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, et vous serez amené(e) à en faire l'expérience à vos frais.

 

 

 

 

Sur le plan de la technique pure, Spider-Man impressionne réellement son monde. J'avais déjà évoqué en amont une reconstitution franchement impeccable de Manhattan, que ce soit au sommet de ses gratte-ciel que dans ses ruelles les plus sombres et reculées. Là où sur PS4 Pro, les fameux 30fps sont maintenus de façon constante sans l'ombre d'une chute de framerate, même lors des combats les plus complexes, la PS4 "classique" n'accuse aucun retard et affiche avec une solidité déconcertante un jeu qui semble quand même incroyablement gourmand pour un hardware bientôt vieux de cinq ans (déjà !). L'affichage de la carte, élément qui a tendance à bizarrement ramer sur plein de jeux, n'est pas en reste, tout comme des menus très fluides bien qu'un brin trop complexes et pas d'une convivialité exemplaire (avis personnel, pour le coup). La quantité d'informations à ingérer étant parfois un peu abusive, surtout pour donner corps à des mécaniques d'action-aventure en monde ouvert vues et revues au point d'en devenir caricaturales, on aurait aimé un peu plus de simplicité ici, même si l'idée de diversifier le type de jetons à dépenser en fonction des activités les rapportant est plutôt correcte sur le papier : elle pousse clairement le joueur à expérimenter tous les types d'activités annexes dans le but de satisfaire sa soif de complétion sans sombrer dans un sentiment de répétitivité que ce Spider-Man procure étonnamment peu. Il faut dire qu'en étant aussi court et intense, il y a peu de chances de s'ennuyer et de ressentir le syndrome de la bonne vieille "quête Fedex" ; dans l'ensemble, les missions et activités optionnelles sont sympathiques et convaincantes, et permettent heureusement de rallonger la durée de vie d'un titre abusivement court en ligne droite. Enfin, pour finir sur le plan de la technique, on déplorera aussi une synchronisation labiale imparfaite (comme souvent) en VF mais surtout, en choisissant ce doublage, la présence persistante de nombreux PNJ parlant en anglais (et ce sans sous-titres, évidemment) dans les rues de la ville (ou sur les toits des postes de police, le plus souvent). Une erreur surprenante, pas corrigée encore un mois et demi après sa sortie, et probablement la seule vraiment surprenante de la part d'un titre bien fini, dénué de tout bug grossier (je n'en ai rencontré aucun tout du long de ma partie), et qui ne déçoit jamais vraiment. Même sa fin un poil trop délibérément ouverte – je n'expliquerai évidemment pas pourquoi – ne choque pas plus que ça, et témoigne d'une certaine confiance de la part d'Insomniac quant à sa possibilité de remettre le couvert. Honnêtement, on en reprendra avec plaisir.

 

 

Tout à fait bien écrit en dépit de quelques regrettables inégalités de traitement des personnages, et doté d'un gameplay convaincant à défaut d'être solide et profond, Spider-Man parvient donc à séduire sur le fond comme la forme. J'en veux également pour témoin sa bande originale impeccable, très "film de super-héros" justement, orchestrale mais sans être pompeuse, intimiste et un peu plus décalée lorsqu'il le faut (notamment lors de mini-jeux un peu redondants mettant en scène le Peter Parker scientifique), signée John Paesano. Déjà auteur de l'OST du très oubliable Mass Effect: Andromeda en 2017, mais aussi et surtout de l'excellent Detroit: Become Human il y a quelques mois (il avait composé tous les thèmes de Markus), le compositeur apporte sa patte à une œuvre qui avait besoin d'un thème iconique restant dans nos esprits, et fait mouche à ce niveau. Dans l'ensemble, de bout en bout, son travail accompagne les envolées du héros et la musique du jeu est d'ailleurs bien la seule capable de suivre "Spidey" dans ses acrobaties, jusqu'à plusieurs centaines de mètres du sol… de quoi passer vraiment un excellent moment de bout en bout. Insomniac n'a sans doute aucunement la prétention de révolutionner les mondes ouverts – même si la réalisation de Manhattan a des chances de faire date ici – mais plutôt de coller à l'esprit des films de super-héros, qui constituent d'excellents divertissements nous en mettant plein les yeux et nous vidant pas mal la tête. Reste qu'avec quelques thématiques plus sombres que l'on pouvait l'imaginer, et des remises en question intéressantes et bien mises en place, Spider-Man parvient à se hisser au-dessus de la majorité des productions du genre, très probablement aidé en cela par son statut d'exclusivité et le temps laissé à disposition du studio. Rivalisant sans peine avec les inFamous, que j'adore personnellement mais qu'il dépasse sans souci (même le second volet, franchement meilleur que les autres), il ne "battra" peut-être pas les Batman Arkham, plus copieux et sans doute plus profonds, mais à qui il n'a quand même pas grand-chose à envier.

 

 

 

 

Il y avait pas mal de raisons de se montrer méfiant vis-à-vis d'un Spider-Man d'apparence aussi spectaculaire que scripté, dont il était évident qu'il nous mettrait une bonne claque dans la tronche techniquement – et encore, la gestion d'un monde ouvert urbain pareil pouvait inquiéter – mais dont la profondeur générale de gameplay ou d'écriture n'avait absolument rien d'évident à première vue. Sans constituer un tournant majeur dans son genre à un seul moment, l'adaptation des aventures de "Spidey" par Insomniac s'avère pourtant très solide, et nullement handicapée par ses quelques défauts notables (trop court, trop simple, et à la construction déjà trop vue et revue). Absolument génial à jouer, sans prise de tête, la dernière exclusivité PlayStation 4 majeure de 2018 remplit son rôle de divertissement de haute volée se conformant avec une aisance inouïe aux standards d'exigence de Sony à ce niveau. Franchement bien écrit, techniquement impressionnant et plein de vie, pensé pour les gros fans de la saga comme pour les joueurs moins familiers avec son univers, Spider-Man parvient à nous immerger comme jamais dans le costume d'un Tisseur plus vrai que nature, suscitant une empathie de tous les instants, et qui constituerait sans l'ombre d'un doute une égérie de plus dans l'écosystème PlayStation s'il était propriété de l'éditeur, aux côtés de Nathan Drake, Kratos ou Aloy. Le jeu d'Insomniac n'est absolument pas un "GOTY" mais il est indéniable que l'on s'y amusera beaucoup, au point de regretter qu'il soit si court tant l'ensemble sera intense, et à ma grande surprise, très rarement répétitif en dépit d'une structure archi connue au point d'en devenir caricaturale. La meilleure adaptation de comics de la génération ? Probablement pas loin. Le jeu le plus "fun" de l'année ? On s'en rapproche clairement. Reste maintenant à voir si les DLC annoncés seront à la hauteur et ne gâcheront pas ce que l'on a parfois envie, aussi généreusement que pour la blague, d'appeler une toile de maître.



J'ai adoré / aimé :

 

+ Manhattan est exceptionnellement bien rendue

+ Incroyablement propre techniquement, même sur PS4 "fat"

+ Des temps de chargement vraiment courts

+ Un superbe hommage à l’univers de l’homme araignée

+ Terriblement stylé dans la réalisation et les moves du héros

+ La sensation, grisante, d’être vraiment Spider-Man !

+ Plein de fan service… et quasi jamais forcé

+ Maniabilité vraiment top et simple, un plaisir à jouer

+ La variété des gadgets, améliorations, et de la panoplie de mouvements

+ Les QTE "cinématiques" bien moins fréquents qu’on le craignait

+ Mise en scène de très grande qualité

+ Bande son tout à fait honorable à défaut d'être mémorable

+ Doublage français de très bonne facture, ça fait plaisir

+ Scénario bien écrit : de bonnes surprises et des changements de ton intéressants

+ Terrain de jeu absolument exceptionnel : authentique, vivant et crédible…

 


J'ai détesté / pas aimé :

 

– … au détriment, sans doute, de cycles jour-nuit et météo

– Central Park est très inférieur au reste de la ville

– Menu modérément convivial et trop-plein d’infos

– Caricature des open worlds modernes, assumée mais trop peu remise en cause

– Les PNJ qui parlent en anglais quand on joue en VF (???)

– Les super-vilains terriblement sous-exploités

– Extrêmement court, même pas 30h pour les 100%

– Infiltration pas folle et qui n’apporte rien

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