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Mario Tennis Aces – Retour gagnant ?

Des pavés dans la mer…

2 août 2018

Depuis l'excellent (oserai-je dire "exceptionnel") Top Spin 4, déjà vieux de sept ans, l'univers de la petite balle jaune est orphelin d'une véritable référence vidéoludique. On a pu le constater durant le printemps dernier : le salut ne se trouve malheureusement pas du côté des décevants Tennis World Tour et AO International Tennis, n'apportant même pas le vent de fraîcheur et de nouveauté espéré sur une génération de machines manquant d'un jeu de tennis digne de ce nom. Du côté des productions arcade et colorées de Camelot Software, ce n'est même pas mieux puisque depuis un Mario Tennis Open séduisant sur 3DS en… 2012 (!), on n'a eu à se mettre sous la dent que le très insuffisant Mario Tennis Ultra Smash sorti fin 2015 sur Wii U, et aussi tristement oubliable que sa plate-forme d'accueil. À l'heure où la Nintendo Switch poursuit sa conquête des joueurs mais commence à manquer un petit peu de nouveaux titres, Mario Tennis Aces peut-il vraiment incarner le renouveau d'un genre qui en a bien besoin ?



Note sur les conditions de jeu :

 

C'est une expérience quasi exclusivement solo de Mario Tennis Aces qui sera décortiquée dans cet article, n'ayant pratiquement pas essayé le mode en ligne et m'étant uniquement accordé une courte session de multi à deux en local. Cette critique se base sur une version commerciale (physique) du titre, joué un bon mois après sa sortie et une fois un certain nombre de correctifs et mises à jour déployées (versions 1.1.1 et 1.1.2, puis la 1.2.0 pour les dernières annotations lors de la relecture de l'article). L'intégralité des captures d'écran de cet article a été réalisée par mes soins.

 

 

 

 

Racket League

 

 

C'est à travers une communication agressive et efficace que Nintendo a mis en avant ce nouveau Mario Tennis, à l'image de toutes les exclusivités Switch éditées par la maison-mère. De l'annonce du jeu lors d'un Nintendo Direct pile un an après celui ayant révélé la nouvelle console de Nintendo et en large, à une beta en ligne aux allures de tournoi de pré-lancement, "Aces" s'est fait attendre, promis à une jolie réception s'il tenait toutes ses promesses. En concluant sa campagne promotionnelle en apothéose avec un spot publicitaire mettant en scène Mario face à Rafael Nadal, tout juste vainqueur de son onzième (!) Rolland-Garros, ce potentiel jeu de l'été cherchait notamment à se distinguer au travers d'un mode Aventure enfin de retour et légitimement mis en avant. Aussi, avant même de se lancer dans quelques échanges en solo (tournoi débutant comme exhibition), il convenait de découvrir ce que Camelot nous avait mijoté à ce niveau, vu que les épisodes de la saga avaient été privés d'une telle composante depuis… Mario Power Tennis, sur Game Boy Advance, en 2005 (rien que ça) ! C'est en outre via le mode Aventure que l'on apprendra tout simplement à jouer, puisqu'un affrontement avec Skelerex servira immédiatement de tutoriel pour appréhender toutes les bases d'un gameplay riche et complexe. Oublié l'Ultra Smash finalement anecdotique, place aux "frappes instinct", aux courses au ralenti… et à la gestion d'une jauge d'énergie qui permet de les exploiter avec plus ou moins d'efficacité. Ceci sans parler de raquettes destructibles avec lesquelles il faudra composer : l'arme de tout joueur de tennis constituera un élément clé du titre, peut-être encore un peu plus au cœur de Mario Tennis Aces que de n'importe quel soft du genre !

 

 

Le mode aventure se constitue d'une quête au synopsis plus rigolo que vraiment idiot et oubliable, où Mario (seul personnage jouable du mode, assisté par un Toad aux punchlines parfois mémorables) doit rassembler cinq gemmes précieuses pour mettre fin à une malédiction. À travers tout autant de zones distinctes, vous serez amené(e) à participer bien entendu à des matches de tennis contre des personnages importants du lore (Koopa Troopa, Maskass, Bloups, ceci jusqu'à Bowser bien entendu) mais aussi à des challenges exigeant ni plus ni moins de savoir manier la raquette avec précision… et surtout, de ne pas se la faire détruire. En renvoyant avec un mauvais timing les "frappes instinct" de son adversaire, Mario voit sa raquette s'abîmer jusqu'à se briser, et même s'il en récupérera de nouvelles (plus puissantes et plus endurantes) au fil de l'aventure, et pourra disputer ses matches avec un stock plus conséquent, il perdra le match par forfait si sa dernière se casse. Cette règle s'appliquant également à l'adversaire, il devient de fait presque trop "simple" de provoquer davantage un forfait de celui-ci en enchaînant les "frappes instinct" (qui heureusement, ne s'utilisent qu'en disposant d'une énergie accumulée suffisante !) en sa direction, vu que l'IA est assez perfectible pour ce qui est de les renvoyer avec un timing parfait. C'est en outre une solution qui deviendra presque vitale lors de certains matches où l'opposition s'avère vraiment rude, et j'admets avoir "triomphé" de certains combats de la sorte pour progresser dans l'histoire. Celle-ci souffre en effet d'un déséquilibre de difficulté non négligeable, certaines étapes se montrant étonnamment délicates à franchir assez tôt dans l'aventure, alors que d'autres défis plus tardifs relèvent de la promenade de santé.

 

 

 

 

On appréciera malgré tout la relative variété des séquences de jeu : les combats contre les boss, toujours raquette en main, sont plutôt réussis et imposent une belle dose de concentration, et les "niveaux" à franchir proposent du scoring chronométré assez grisant (cibles à atteindre pour marquer des points, nombre d'échanges consécutifs à atteindre, retours gagnants à exécuter sans faillir, etc.). Dans son ensemble, si l'on excepte le fameux déséquilibre de challenge évoqué précédemment, le mode Aventure de Mario Tennis Aces est sympathique et franchement réussi, quoique peut-être un peu court (on tablera sur 6-7 heures maximum pour en venir à bout, voire moins si vous vous défaites plus vite que prévu des stages les plus ardus). Il permet en outre de faire un joli tour des différents terrains disponibles (désert, forêt, maison hantée, bateau, etc.) et d'affronter bon nombre de personnages jouables en mode classique, mais le charme global de l'ensemble retombera d'un coup en réalisant que tout ceci ne débloque pas vraiment de contenu. Tout juste peut-on enfin jouir de l'intégralité des courts fréquentés durant le mode aventure en exhibition (le jeu nous limitant clairement au très joli Stade Bordemer au début !), mais aucun personnage supplémentaire n'est proposé, l'ensemble du roster étant "offert" de base. Les seize personnages disponibles constituent cependant un casting séduisant, entre les grands classiques (Mario, Luigi, Peach, Yoshi, Bowser, Wario, Donkey Kong…), les présences non évidentes mais appréciables (Daisy, Harmonie, et surtout Waluigi) et les petites surprises sympathiques (Spike, Chomp) ; cet aspect est plus varié en fin de compte que la liste des courts se limitant tristement à ceux croisés dans le mode Aventure.

 

 

En effet, et c'est là un des vrais points noirs de ce Mario Tennis : le contenu global, hors mode Aventure (déjà pas très long) est très, très chiche : il n'y a pas de courts "classiques" de type gazon ou terre battue, et les tournois solo constituent une vaste blague. Il n'y en a tout simplement que trois (le classique triptyque de coupes champignon / fleur / étoile), aucune en bonus (même pas une "spéciale" !) et terminer les trois se fait extrêmement vite vu que le jeu impose des sets en deux jeux gagnants, et que même en finale, cela ne se joue qu'au premier à deux sets… côté solo donc, Mario Tennis Aces est très, très limité, et si l'on peut déjà constater que des mises à jour rajoutent du contenu (gratuitement, encore heureux), le produit livré de base par Camelot est un peu trop léger. Pire encore, en jeu libre, il n'est (pour le moment) aucunement possible de paramétrer les matches de façon à les jouer en trois sets gagnants et/ou en six jeux ! Certain(e)s avanceront à raison que la quantité limitée de raquettes à gérer joue sur la longueur limitée des affrontements ; je leur répondrai que disputer un match en "durée réelle" peut aussi se faire en désactivant les coups spéciaux pour plus de réalisme, ou bien que le jeu peut proposer un stock de raquettes en fonction de la longueur de la partie souhaitée. Bref, le mode Aventure, heureusement de bonne qualité globale, permet d'éviter au solo d'être purement catastrophique ; c'est d'autant plus regrettable que le gameplay de "Aces" est bon, voire franchement très bon.

 

 

 

 

De la balle, quand même ?

 

 

Les habitué(e)s de ce qui est clairement la troisième "série annexe" la plus importante mettant en scène le plombier moustachu (après Mario Kart évidemment, et Mario Party) apprécieront clairement de retrouver des bases de jouabilité inchangées depuis la version Nintendo 64 – ce qui en long sur la qualité de cette dernière, toujours influente près de deux décennies après. La préparation des différents coups (à plat, smash, lifté, slicé, lob, amorti…) se fait toujours avec les mêmes combinaisons de touches, et ceux-ci se traduisent visuellement par les mêmes effets de traînées oranges, bleues et violettes. Lorsque vous optez pour un mode de jeu classique en exhibition, il s'agira comme d'habitude de la seule fantaisie notable : les événements spéciaux apparaissant sur les courts (miroirs, plantes piranha, mecha-koopas…) pouvant être désactivés pour davantage de réalisme. Sans prétendre jouer les simulations, Mario Tennis Aces demeure un jeu de tennis tout à fait crédible lorsque tous les ajouts de gameplay propres à la série sont désactivés, et sa grande fluidité d'ensemble (notamment encore une fois en mode nomade) lui permet d'offrir des sensations bien plus agréables qu'une concurrence vraiment bien triste. Mais on le sait, rivaliser avec les vraies simulations de tennis n'a jamais été la prétention de la série, et ne le sera jamais : c'est du côté des petites spécificités de Mario Tennis qu'il faut chercher le véritable charme et l'originalité d'un opus qui fera vraiment la différence du côté de son fun. Comme expliqué plus haut, c'est essentiellement au niveau des pouvoirs liés à la jauge d'énergie que "Aces" va innover et se distinguer.

 

 

Une fois que vous aurez appris à maîtriser les coups de base (ou aurez pris le temps de vous y réhabituer) via les excellents tutoriels de Skelerex au début du mode aventure, la tortue squelette vous enseignera l'art des frappes techniques, mais aussi et surtout des fameuses "frappes instinct", des interceptions associées, et la gestion du ralenti. L'âme de Mario Tennis Aces se situe clairement autour de ces concepts supposés apporter son identité à ce nouvel opus, et fort heureusement, c'est une réussite, bien que cela exige une certaine technique (mais qui va s'en plaindre ?). À chaque balle renvoyée, vous générez de l'énergie et remplissez une jauge que vous pourrez consommer pour ralentir le temps, afin d'aller chercher des balles a priori hors de portée lors de séquences façon bullet time qui n'ont rien à envier à Matrix et autres Max Payne – OK, j'exagère un peu, mais c'est pour vous donner une idée du principe. Il faudra cependant garder constamment un œil sur le niveau de cette fameuse jauge, dont l'autre fonction est d'autoriser le joueur à renvoyer les balles "faibles" de l'adversaire avec une puissance dantesque. Lorsqu'une marque étoile, traditionnellement supposée vous indiquer une opportunité de smash, apparaît sur votre moitié de court, vous pouvez vous y placer et enclencher une "frappe instinct" très puissante dont vous pourrez choisir (durant un très bref laps de temps dépendant de l'énergie disponible) l'emplacement exact du rebond de la balle.

 

 

 

 

Contrairement aux balles traditionnelles, ces nouvelles frappes seront si puissantes qu'elles requerront d'être renvoyées avec un timing parfait pour générer une interception impeccable, faute de quoi la balle sera quand même frappée… mais en occasionnant des dommages à la raquette du joueur qui renvoie. Bien entendu, l'IA peut également vous envoyer des "frappe instinct" (… et elle ne s'en prive pas), et il sera vivement recommandé d'utiliser la fonction ralenti pour appréhender au mieux le timing d'interception optimal, situé plus ou moins au moment où la balle rebondit : sinon, vous abimerez votre raquette, jusqu'à la briser… et potentiellement perdre par forfait s'il s'agit de votre dernière en stock. Pire encore, si vous attendez de remplir intégralement votre jauge d'énergie, c'est une "super frappe instinct" qu'il vous sera donné l'opportunité d'exécuter (et là encore, idem pour l'IA) : celle-ci est si violente que la renvoyer hors timing requis fait voler n'importe quelle raquette en éclats d'un seul coup, même une neuve ! Il faudra donc jouer constamment sur ces composantes vraiment spécifiques, non seulement dans la gestion de votre matériel et de votre énergie, mais aussi en vous intéressant à celle de votre adversaire, visible sur l'écran. Mario Tennis Aces est réellement très technique mais aussi stratégique, ce qui rend les oppositions les plus complexes vraiment passionnantes, et fait d'autant plus regretter l'absence de matches vraiment longs, et surtout la faiblesse d'un contenu solo vraiment chiche et dont on espère réellement qu'il se continuera de se voir agrémenté de nouveautés gratuites, comme le font avec beaucoup de justesse les licences "voisines" Splatoon voire ARMS. On attendra aussi de ces mises à jour régulières qu'elles rééquilibrent à terme les forces entre les personnages, certains étant bien trop forts lorsque gérés par l'IA (coucou, Bowser Jr. !).

 

 

Côté multijoueur, si je n'ai pas encore testé un mode en ligne qui semble tout à fait convenable (et gère l'écran splitté ainsi que le jeu en double), j'ai pu me frotter quelque peu au multijoueur local, désireux de le comparer à l'excellence d'un Mario Kart 8 Deluxe. Si la gestion des paramètres (surtout côté choix du court) manque de clarté, ce Mario Tennis est un petit bonheur en 1v1 sur un même écran, même en mode portable, avec une division verticale de l'écran on ne peut plus pertinente (ce qui évite le traditionnel handicap du joueur "au fond de l'écran" de trop de titres du genre). Toujours ultra fluide (60fps constants sans le moindre ralentissement), Mario Tennis Aces est franchement joli et fourmille de petits détails rendant hommage à une série que la Nintendo Switch aime décidément sublimer – et ce jusque dans sa bande son, certes dispensable (et désactivable à volonté !) comme dans tout jeu de tennis qui se respecte, s'offrant quelques covers bien senties et originales de thèmes connus de l'univers Mario. À défaut d'être exceptionnel et acclamé par les joueurs comme les opus N64 et GC en leur temps, "Aces" corrige le tir et constitue quand même un bien chouette petit jeu de tennis, divertissant, amusant et très propre dans sa réalisation. Il n'est de fait même pas abusif d'avancer qu'il s'agit du meilleur jeu de tennis du moment, et depuis quelques années en fait. On n'en attendait sans doute pas autant, mais forcément, on fera toujours un peu la fine bouche parce qu'un jeu badgé du nom du plombier moustachu impose un certain standard d'excellence, et aussi sympathique puisse-t-il être, Mario Tennis Aces a encore un petit peu à prouver sur la durée.

 

 

 

 

En période de vaches (très) maigres sur les courts de tennis virtuels, Mario Tennis Aces apporte une fraîcheur nécessaire dans une sphère en manque de référence depuis de longues années. Réconciliant les fans de la série après un épisode franchement raté sur Wii U, et offrant à la Nintendo Switch un très bon divertissement multijoueur supplémentaire (y compris en local), ce nouveau contact entre Mario et la petite balle jaune fait du bien, surtout qu'il se montre plutôt technique voire exigeant à un certain niveau. On déplorera néanmoins un contenu (surtout en solo) extrêmement limité, sans perspectives d'évolution majeures pour le moment (un gros mois après sa sortie), ce qui demeure d'autant plus regrettable que la base est vraiment excellente, portée notamment par un mode aventure vraiment très chouette qui ne souffre que d'un déséquilibre de difficulté… et là aussi, d'une durée de vie assez chiche. En abreuvant régulièrement son titre de nouveau contenu que l'on espère toujours gratuit, Camelot a néanmoins les cartes en mains pour rendre sa nouvelle création bien plus complète, et justifier davantage un statut de référence qu'il n'a pour l'instant un peu que par défaut. Il ne tient qu'au développeur d'enrichir la très bonne base qu'est "Aces", qui fait quand même franchement le boulot et mine de rien, on ne va pas trop bouder notre plaisir.



J'ai adoré / aimé :

 

+ Joli, fluide et encore une fois au top en mode portable

+ Plein de détails sympa à gauche et à droite, respectant l'univers Mario

+ Bande son très convenable (même si assez dispensable)

+ Les nouvelles features et pouvoirs sont vraiment cool

+ Un certain sens de la technique, mine de rien

+ Le casting de base est sympa (et s'enrichit au fil du temps)

+ Sans doute le même modèle d'ajout de contenu gratuit que Splatoon ou ARMS

+ Le mode VS en local, un modèle d'accessibilité dans le plus pur style Switch

+ Mode aventure sympa, dans l'esprit de la série, à la progression intéressante…

 


J'ai détesté / pas aimé :

 

– … mais à la difficulté ultra mal dosée et irrégulière, en plus d'être trop court

– Trois tournois seulement, hyper courts et trop simples, sans bonus à débloquer

– Les courts "sérieux", stade Bordemer mis à part, manquent cruellement

– Impossible de jouer un "vrai" match en 2 ou 3 sets de 6 jeux (pour l'instant ?)

– Contenu global famélique et horriblement avare en récompenses

– Un certain déséquilibre entre les personnages… corrigé avec le temps ?

– Paramétrages pas toujours très clairs dans les menus

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